Elle est arrivée avec une valise en carton et une robe pliée dedans depuis soixante ans. Celle de sa grand-mère, mariée en 1961. Une seule consigne : garder la dentelle, faire ce qu'il faut du reste.
Le diagnostic, toujours en premier
Avant de toucher à quoi que ce soit, nous examinons la robe pièce par pièce, à la lumière du jour. Trois choses se regardent : l'état des fils aux coutures, la solidité du tissu de fond, et la présence de jaunissement qui pourrait s'aggraver au nettoyage.
Sur cette robe, le verdict était classique. La dentelle était en parfait état, souple et sans accroc. La doublure en revanche était devenue cassante : elle se déchirait entre les doigts. Et le satin de la jupe avait jauni de façon irrégulière, plus fortement sur les plis.
Ce qu'on garde, ce qu'on refait
La règle que nous suivons est simple : on garde ce qui a de la valeur et qui tient, on refait tout ce qui est structurel. La dentelle a été entièrement démontée à la main, motif par motif, nettoyée, puis remontée.
Démonter sans casser
Le démontage a pris plus de temps que le remontage. Les fils d'origine étaient devenus fragiles et il fallait les couper un par un au découd-vite, sans tirer, sous une lampe. Une dentelle arrachée ne se recolle pas.
Une coupe d'aujourd'hui
La robe d'origine avait des épaules très marquées et une taille très haute, typiques de son époque. Portée telle quelle, elle aurait eu l'air d'un costume. Nous avons construit un nouveau bustier ajusté à la mariée, dans un satin ivoire choisi pour s'accorder à la teinte de la dentelle ancienne.
Accorder les deux blancs a demandé plusieurs essais. Une dentelle de soixante ans a une chaleur que les tissus neufs n'ont pas. Nous avons finalement retenu un ivoire légèrement plus chaud que le blanc habituel, et l'ensemble est devenu cohérent.
Le résultat
La dentelle d'origine habille le buste et les manches longues. Le reste est neuf. De loin, la robe est contemporaine ; de près, on voit tout de suite que la dentelle a une histoire. C'est exactement ce qu'elle voulait.
Un mot pour celles qui hésitent : ce type de projet demande du temps, beaucoup plus qu'une robe neuve. Comptez plusieurs mois et trois à quatre essayages. Apportez la robe le plus tôt possible, avant même d'avoir fixé une date si vous le pouvez.


